Je lui saisis la main, un peu confus, balbutiant : « Pardon, pardon, mademoiselle. Je vous ai blessée ; j'ai été brutal ! Ne m'en voulez pas. Si vous saviez ?... » Je cherchais vainement une excuse.
Elle prononça, au bout d'un moment : « Je n'ai rien à savoir, monsieur. »
Mais j'avais trouvé ; je m'écriai : « Mademoiselle, voici un an que je vous aime ! »
Elle fut vraiment surprise et releva les yeux. Je repris : « Oui, mademoiselle, écoutez-moi. Je ne connais pas Morin et je me moque bien de lui. Peu m'importe qu'il aille en prison et devant les tribunaux. Je vous ai vue ici l'an passé, vous étiez là-bas, devant la grille. J'ai reçu une secousse en vous apercevant et votre image ne m'a plus quitté. Croyez-moi, ou ne me croyez pas, peu m'importe. Je vous ai trouvée adorable ; votre souvenir me possédait ; j'ai voulu vous revoir ; j'ai saisi le prétexte de cette bête de Morin ; et me voici. Les circonstances m'ont fait passer les bornes ; pardonnez-moi, je vous en supplie, pardonnez-moi. »
Elle guettait la vérité dans mon regard, prête à sourire de nouveau ; et elle murmura : « Blagueur. »
Je levai la main, et, d'un ton sincère (je crois même que j'étais sincère) : « Je vous jure que je ne mens pas. »
Elle dit simplement : « Allons donc. »
Nous étions seuls, tout seuls, Rivet et l'oncle ayant disparu dans les allées tournantes ; et je lui fis une vraie déclaration, longue, douce, en lui pressant et lui baisant les doigts. Elle écoutait cela comme une chose agréable et nouvelle, sans bien savoir ce qu'elle en devait croire.
Je finissais par me sentir troublé ; par penser ce que je disais ; j'étais pâle, oppressé, frissonnant ; et, doucement, je lui pris la taille.
Je lui parlais tout bas dans les petits cheveux frisés de l'oreille. Elle semblait morte tant elle restait rêveuse.