L'automne, l'automne merveilleux, mêlait son or et sa pourpre aux dernières verdures restées vives, comme si des gouttes de soleil fondu avaient coulé du ciel dans l'épaisseur des bois.
On traversa Duclair, puis, au lieu de continuer sur Jumièges, mon ami tourna vers la gauche et, prenant un chemin de traverse, s'enfonça dans le taillis.
Et bientôt, du sommet d'une grande côte nous découvrions de nouveau la magnifique vallée de la Seine, et le fleuve tortueux s'allongeant à nos pieds.
Sur la droite, un tout petit bâtiment couvert d'ardoises et surmonté d'un clocher haut comme une ombrelle s'adossait contre une jolie maison aux persiennes vertes, toute vêtue de chèvrefeuilles et de rosiers.
Une grosse voix cria : « V'là des amis ! » Et Mathieu parut sur le seuil. C'était un homme de soixante ans, maigre, portant la barbiche et de longues moustaches blanches.
Mon compagnon lui serra la main, me présenta, et Mathieu nous fit entrer dans une fraîche cuisine qui lui servait aussi de salle. Il disait :
« Moi, monsieur, j'nai pas d'appartement distingué. J'aime bien à n'point m'éloigner du fricot. Les casseroles, voyez-vous, ça tient compagnie. »
Puis, se tournant vers mon ami :
« Pourquoi venez-vous un jeudi ? Vous savez bien que c'est jour de consultation d'ma Patronne. J'peux pas sortir c't'après-midi. »
Et, courant à la porte, il poussa un effroyable beuglement : « Mélie-e-e ! » qui dut faire lever la tête aux matelots des navires qui descendaient ou remontaient le fleuve, là-bas, tout au fond de la creuse vallée.