—Si, si, ya, mon lieutenant, reconné Tombouctou, ya, bonjou.
Le commandant lui tendit la main en riant lui-même de tout son cœur. Alors Tombouctou redevint grave. Il saisit la main de l'officier, et, si vite que l'autre ne put l'empêcher, il la baisa, selon la coutume nègre et arabe. Confus, le militaire lui dit d'une voix sévère:
—Allons, Tombouctou, nous ne sommes pas en Afrique. Assieds-toi là et dis-moi comment je te trouve ici.
Tombouctou tendit son ventre, et, bredouillant, tant il parlait vite:
Gagné beaucoup d'agent, beaucoup, grand'estaurant, bon mangé, Pussiens, moi, beaucoup volé, beaucoup, cuisine fançaise, Tombouctou, cuisinié de l'Empéeu, deux cents mille fancs à moi. Ah! ah! ah! ah!
Et il riait, tordu, hurlant avec une folie de joie dans le regard.
Quand l'officier, qui comprenait son étrange langage, l'eût interrogé quelque temps, il lui dit:
—Eh bien, au revoir, Tombouctou; à bientôt.
Le nègre aussitôt se leva, serra, cette fois, la main qu'on lui tendait, et, riant toujours, cria:
—Bonjou, bonjou, mon lieutenant!