—Mais, en cette saison, il me semble que le café des Ambassadeurs est indiqué.
Et ils s'en allèrent, en se tenant par le bras, vers les Champs-Elysées. Guilleroy, agité par cet éveil des Parisiens qui rentrent et pour qui la ville, après chaque absence, semble rajeunie et pleine de surprises possibles, interrogeait le peintre sur mille détails, sur ce qu'on avait fait, sur ce qu'on avait dit, et Olivier, après d'indifférentes réponses où se reflétait tout l'ennui de sa solitude, parlait de Roncières, cherchait à saisir en cet homme, à recueillir autour de lui ce quelque chose de presque matériel que laissent en nous les gens qu'on vient de voir, subtile émanation des êtres qu'on emporte en les quittant, qu'on garde en soi quelques heures et qui s'évapore dans l'air nouveau.
Le ciel lourd d'un soir d'été pesait sur la ville et sur la grande avenue où commençaient à sautiller sous les feuillages les refrains alertes des concerts en plein vent. Les deux hommes, assis au balcon du café des Ambassadeurs, regardaient sous eux les bancs et les chaises encore vides de l'enceinte fermée jusqu'au petit théâtre où les chanteuses, dans la clarté blafarde des globes électriques et du jour mêlés, étalaient leurs toilettes éclatantes et la teinte rosé de leur chair. Des odeurs de fritures, de sauces, de mangeailles chaudes, flottaient dans les imperceptibles brises que se renvoyaient les marronniers, et quand une femme passait, cherchant sa place réservée, suivie d'un homme en habit noir, elle semait sur sa route le parfum capiteux et frais de ses robes et de son corps.
Guilleroy, radieux, murmura:
—Oh! j'aime mieux être ici que là-bas.
—Et moi, répondit Bertin, j'aimerais mieux être là-bas qu'ici.
—Allons donc!
—Parbleu. Je trouve Paris infect, cet été.
—Eh! mon cher, c'est toujours Paris.
Le député semblait être dans un jour de contentement, dans un de ces rares jours d'effervescence égrillarde où les hommes graves font des bêtises. Il regardait deux cocottes dînant à une table voisine avec trois maigres jeunes messieurs superlativement corrects, et il interrogeait sournoisement Olivier sur toutes les filles connues et cotées dont il entendait chaque jour citer les noms. Puis il murmura avec un ton de profond regret: