Mais la jeune fille, posant une main en abat-jour sur ses yeux, annonça:
—Tiens! le porteur du télégraphe.
Dans le sentier invisible, perdu au milieu des blés et des avoines, une blouse bleue semblait glisser à la surface des épis, et s'en venait vers le château, au pas cadencé de l'homme.
—Mon Dieu! murmura la comtesse, pourvu que ce ne soit pas une mauvaise nouvelle!
Elle frissonnait encore de cette terreur que laisse si longtemps en nous la mort d'un être aimé trouvée dans une dépêche. Elle ne pouvait maintenant déchirer la bande collée pour ouvrir le petit papier bleu, sans sentir trembler ses doigts et s'émouvoir son âme, et croire que de ces plis si longs à défaire allait sortir un chagrin qui ferait de nouveau couler ses larmes.
Annette, au contraire, pleine de curiosité jeune, aimait tout l'inconnu qui vient à nous. Son coeur, que la vie venait pour la première fois de meurtrir, ne pouvait attendre que des joies de la sacoche noire et redoutable attachée au flanc des piétons de la poste, qui sèment tant d'émotions par les rues des villes et les chemins des champs.
La comtesse ne mangeait plus, suivant en son esprit cet homme qui venait vers elle, porteur de quelques mots écrits, de quelques mots dont elle serait peut-être blessée comme d'un coup de couteau à la gorge. L'angoisse de savoir la rendait haletante, et elle cherchait à deviner quelle était cette nouvelle si pressée. A quel sujet? De qui? La pensée d'Olivier la traversa. Serait-il malade? Mort peut-être aussi?
Les dix minutes qu'il fallut attendre lui parurent interminables; puis quand elle eut déchiré la dépêche et reconnu le nom de son mari, elle lut: «Je t'annonce que notre ami Bertin part pour Roncières par le train d'une heure. Envoie phaéton gare. Tendresses.»
—Eh bien, maman? disait Annette.
—C'est M. Olivier Bertin qui vient nous voir.