Tu me parles d'Étretat et des gens qui potinent sur cette gentille plage. C'est un pays fini, perdu pour moi, mais dans lequel je me suis autrefois bien amusée.
Nous étions là quelques-uns seulement, des gens du monde, du vrai monde, et des artistes, fraternisant. On ne cancanait pas, alors.
Or, comme nous n'avions point l'insipide Casino où l'on pose, où l'on chuchote, où l'on danse bêtement, où l'on s'ennuie à profusion, nous cherchions de quelle manière passer gaiement nos soirées. Or, devine ce qu'imagina l'un de nos maris? Ce fut d'aller danser, chaque nuit, dans l'une des fermes des environs.
On partait en bande avec un orgue de Barbarie dont jouait d'ordinaire le peintre Le Poittevin, coiffé d'un bonnet de coton. Deux hommes portaient des lanternes. Nous suivions en procession, riant et bavardant comme des folles.
On réveillait le fermier, les servantes, les valets. On se faisait même faire de la soupe à l'oignon, (horreur!) et l'on dansait sous les pommiers, au son de la boîte à musique. Les coqs réveillés chantaient dans la profondeur des bâtiments; les chevaux s'agitaient dans la litière des écuries. Le vent frais de la campagne nous caressait les joues, plein d'odeurs d'herbes et de moissons coupées.
Que c'est loin! que c'est loin! voilà trente ans de cela!
Je ne veux pas, ma chérie, que tu viennes pour l'ouverture de la chasse. Pourquoi gâter la joie de nos amis, en leur imposant des toilettes mondaines en ce jour de plaisir campagnard et violent? C'est ainsi qu'on gâte les hommes, petite.
Je t'embrasse.
Ta vieille tante,
Geneviève de Z...