—Est-ce que tu as sommeil? demanda mon ami.
—Non, pas du tout.
—Alors, nous allons bavarder un peu sur mon toit.
—Bien volontiers.
Au moment où nous arrivions sur cette terrasse, j'aperçus le croissant de la lune qui se levait derrière les montagnes. Le vent chaud glissait par souffles lents, plein d'odeurs légères, presque imperceptibles, comme s'il eût balayé sur son passage la saveur des jardins et des villes de tous les pays brûlés du soleil.
Autour de nous, les maisons blanches aux toits carrés descendaient vers la mer, et sur ces toits on voyait des formes humaines couchées ou debout, qui dormaient ou qui rêvaient sous les étoiles, des familles entières roulées en de longs vêtements de flanelle et se reposant, dans la nuit calme, de la chaleur du jour.
Il me sembla tout à coup que l'âme orientale entrait en moi, l'âme poétique et légendaire des peuples simples aux pensées fleuries. J'avais le coeur plein de la Bible et des Mille et une Nuits; j'entendais des prophètes annoncer des miracles et je voyais sur les terrasses de palais passer des princesses en pantalons de soie, tandis que brûlaient, en des réchauds d'argent, des essences fines dont la fumée prenait des formes de génies.
Je dis à Trémoulin:
—Tu as de la chance d'habiter ici.
Il répondit: