Il avait sept ou huit ans. Il était un peu pâlot, très propre, avec l'air timide, presque gauche.
Il s'en retournait chez sa mère quand les groupes de ses camarades, chuchotant toujours et le regardant avec les yeux malins et cruels des enfants qui méditent un mauvais coup, l'entourèrent peu à peu et finirent par l'enfermer tout à fait. Il restait là, planté au milieu d'eux, surpris et embarrassé, sans comprendre ce qu'on allait lui faire. Mais le gars qui avait apporté la nouvelle, enorgueilli du succès obtenu déjà, lui demanda:
—Comment t'appelles-tu, toi?
Il répondit:—«Simon.»
—Simon quoi? reprit l'autre.
L'enfant répéta tout confus:—«Simon.»
Le gars lui cria:—«On s'appelle Simon quelque chose.. c'est pas un nom ça … Simon.»
Et lui, prêt à pleurer, répondit pour la troisième fois:
—Je m'appelle Simon.
Les galopins se mirent à rire. Le gars triomphant éleva la voix:—«Vous voyez bien qu'il n'a pas de papa.»