Puis les magistrats retournèrent à Roüy, en annonçant qu'ils reviendraient le lendemain de bonne heure; le médecin et le curé rentrèrent chez eux, tandis que Renardet, après une longue promenade par les prairies, s'en revint sous la futaie où il se promena jusqu'à la nuit, à pas lents, les mains derrière le dos.
Il se coucha de fort bonne heure et il dormait encore le lendemain quand le juge d'instruction pénétra dans sa chambre. Il se frottait les mains; il avait l'air content; il dit:
—«Ah! ah! vous dormez encore! Eh! bien, mon cher, nous avons du nouveau ce matin.»
Le maire s'était assis sur son lit.
—Quoi donc?
—Oh! quelque chose de singulier. Vous vous rappelez bien comme la mère réclamait, hier, un souvenir de sa fille, son petit bonnet surtout. Eh bien, en ouvrant sa porte, ce matin, elle a trouvé, sur le seuil, les deux petits sabots de l'enfant. Cela prouve que le crime a été commis par quelqu'un du pays, par quelqu'un qui a eu pitié d'elle. Voilà en outre le facteur Médéric qui m'apporte le dé, le couteau et l'étui à aiguilles de la morte. Donc l'homme, en emportant les vêtements pour les cacher, a laissé tomber les objets contenus dans la poche. Pour moi, j'attache surtout de l'importance au fait des sabots, qui indique une certaine culture morale et une faculté d'attendrissement chez l'assassin. Nous allons donc, si vous le voulez bien, passer en revue ensemble les principaux habitants de votre pays.
Le maire s'était levé. Il sonna afin qu'on lui apportât de l'eau chaude pour sa barbe. Il disait: «Volontiers; mais ce sera assez long, et nous pouvons commencer tout de suite.»
M. Putoin s'était assis à cheval sur une chaise, continuant ainsi, même dans les appartements, sa manie d'équitation.
Renardet, à présent, se couvrait le menton de mousse blanche en se regardant dans la glace; puis il aiguisa son rasoir sur le cuir et il reprit: «Le principal habitant de Carvelin s'appelle Joseph Renardet, maire, riche propriétaire, homme bourru qui bat les gardes et les cochers...»
Le juge d'instruction se mit à rire: «Cela suffit; passons au suivant....