Je ne voyais rien, moi; alors, je rejoignis les autres, et je l'aperçus; il était effrayant et fantastique à voir, ce chien, un gros chien noir, un chien de berger à grands poils et à tête de loup, dressé sur ses quatre pattes, tout au bout de la longue traînée de lumière que faisait la lanterne sur la neige. Il ne bougeait pas; il s'était tu; et il nous regardait.
Mon oncle dit: «C'est singulier, il n'avance ni ne recule. J'ai bien envie de lui flanquer un coup de fusil».
Mon père reprit d'une voix ferme: «Non, il faut le prendre».
Alors mon frère Jacques ajouta: «Mais il n'est pas seul. Il y a quelque chose à côté de lui.»
Il y avait quelque chose derrière lui, en effet, quelque chose de gris, d'impossible à distinguer. On se remit en marche avec précaution.
En nous voyant approcher, le chien s'assit sur son derrière. Il n'avait pas l'air méchant. Il semblait plutôt content d'avoir réussi à attirer des gens.
Mon père alla droit à lui et le caressa. Le chien lui lécha les mains; et on reconnut qu'il était attaché à la roue d'une petite voiture, d'une sorte de voiture joujou enveloppée tout entière dans trois ou quatre couvertures de laine. On enleva ces linges avec soin, et comme Baptiste approchait sa lanterne de la porte de cette carriole qui ressemblait à une niche roulante, on aperçut dedans un petit enfant qui dormait.
Nous fûmes tellement stupéfaits que nous ne pouvions dire un mot. Mon père se remit le premier, et comme il était de grand cœur, et d'âme un peu exaltée, il étendit la main sur le toit de la voiture et il dit: «Pauvre abandonné, tu seras des nôtres!» Et il ordonna à mon frère Jacques de rouler devant nous notre trouvaille.
Mon père reprit, pensant tout haut:
Quelque enfant d'amour dont la pauvre mère est venue sonner à ma porte en cette nuit de l'Épiphanie, en souvenir de l'Enfant-Dieu».