Un sonnet de leur grand patron Baudelaire me revint à la mémoire:
La nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles.
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.
Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.
Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants,
Doux comme les hautbois, verte comme les prairies,
—Et d'autres corrompus, riches et triomphants,
Ayant l'expansion des choses infinies
Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,
Qui chantent le transport de l'esprit et des sens.
Est-ce que je ne venais pas de sentir jusqu'aux moelles ce vers mystérieux:
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.
Et non seulement ils se répondent dans la nature, mais ils se répondent en nous et se confondent quelquefois «dans une ténébreuse et profonde unité», ainsi que le dit le poète, par des répercussions d'un organe sur l'autre.
Ce phénomène, d'ailleurs, est connu médicalement. On a écrit, cette année même, un grand nombre d'articles en le désignant par ces mots: l'Audition colorée.
Il a été prouvé que, chez les natures très nerveuses et très surexcitées, quand un sens reçoit un choc qui l'émeut trop fortement, l'ébranlement de cette impression se communique, comme une onde, aux sens voisins qui le traduisent à leur manière. Ainsi, la musique, chez certains êtres, éveille des visions de couleurs. C'est donc une sorte de contagion de sensibilité, transformée suivant la fonction normale de chaque appareil cérébral atteint.