L'Arno la traverse de son cours jaune qui glisse, doucement onduleux, entre deux hautes murailles supportant les deux principales promenades bordées de maisons, jaunâtres aussi, d'hôtels et de quelques palais modestes.

Seule, bâtie sur le quai même, coupant net sa ligne sinueuse, la petite chapelle de Santa-Maria della Spina, appartenant au style français du XIIIe siècle, dresse juste au-dessus de l'eau son profil ouvragé de reliquaire. On dirait, à la voir ainsi au bord du fleuve, le mignon lavoir gothique de la bonne Vierge, où les anges viennent laver, la nuit, tous les oripeaux fripés des madones.

Mais par la via Santa Maria on va vers la place du Dôme.

Pour les hommes que touchent encore la beauté et la puissance mystiques des monuments, il n'existe assurément rien sur la terre de plus surprenant et de plus saisissant que cette vaste place herbeuse, cernée par de hauts remparts qui emprisonnent, en leurs attitudes si diverses, le Dôme, le Campo-Santo, le Baptistère et la Tour penchée.

Quand on arrive au bord de ce champ désert et sauvage, enfermé par de vieilles murailles et où se dressent soudain devant les yeux ces quatre grands êtres de marbre, si imprévus de profil, de couleur, de grâce harmonieuse et superbe, on demeure interdit d'étonnement et troublé d'admiration comme devant le plus rare et le plus grandiose spectacle que l'art humain puisse offrir au regard.

Mais c'est le Dôme bientôt qui attire et garde toute l'attention par son inexprimable harmonie, la puissance irrésistible de ses proportions et la magnificence de sa façade.

C'est une basilique du XIe siècle de style toscan, toute en marbre blanc avec des incrustations noires et de couleur. On n'éprouve point, en face de cette perfection de l'architecture Romane-Italienne, la stupeur qu'imposent à l'âme certaines cathédrales gothiques par leur élévation hardie, l'élégance de leurs tours et de leurs clochetons, toute la dentelle de pierre dont elles sont enveloppées, et cette disproportion géante de leur taille avec leur pied.

Mais on demeure tellement surpris et captivé par les irréprochables proportions, par le charme intraduisible des lignes, des formes et de la façade décorée, en bas, de pilastres reliés par des arcades, en haut, de quatre galeries de colonnettes plus petites d'étage en étage, que la séduction de ce monument reste en nous comme celle d'un poème admirable, comme une émotion trouvée.

Rien ne sert de décrire ces choses, il faut les voir, et les voir sur leur ciel, sur ce ciel classique, d'un bleu spécial, où les nuages lents et roulés à l'horizon en masses argentées, semblent copiés par la nature sur les tableaux des peintres toscans. Car ces vieux artistes étaient des réalistes, tout imprégnés de l'atmosphère italienne; et ceux-là seulement demeurent de faux ouvriers d'art qui les ont imités sous le soleil français.

Derrière la cathédrale, le Campanile, éternellement penché comme s'il allait tomber, gêne ironiquement le sens de l'équilibre que nous portons en nous, et en face d'elle le Baptistère arrondit sa haute coupole conique devant la porte du Campo-Santo.