Mais je loue une barque pour aller visiter Volcano.
Entraîné par quatre rameurs, elle suit la côte fertile, plantée de vignes. Les reflets des rochers rouges sont étranges dans la mer bleue. Voici le petit détroit qui sépare les deux îles. Le cône du Volcano sort des flots, comme un volcan noyé jusqu'à sa tête.
C'est un îlot sauvage, dont le sommet atteint environ 400 mètres et dont la surface est d'environ 20 kilomètres carrés. On contourne, avant de l'atteindre, un autre îlot, le Volcanello, qui sortit brusquement de la mer vers l'an 200 avant J.-C. et qu'une étroite langue de terre, balayée par les vagues aux jours de tempête, unit à son frère aîné.
Nous voici au fond d'une baie plate, en face du cratère qui fume. À son pied, une maison habitée par un Anglais qui dort, paraît-il, en ce moment, sans quoi je ne pourrais gravir le volcan que cet industriel exploite; mais il dort, et je traverse un grand jardin potager, puis quelques vignes, propriété de l'Anglais, puis un vrai bois de genêts d'Espagne en fleur. On dirait une immense écharpe jaune, enroulée autour du cône pointu, dont la tête aussi est jaune, d'un jaune aveuglant sous l'éclatant soleil. Et je commence à monter par un étroit sentier qui serpente dans la cendre et dans la lave, va, vient et revient, escarpé, glissant et dur. Parfois, comme on voit en Suisse des torrents tomber des sommets, on aperçoit une immobile cascade de soufre qui s'est épanchée par une crevasse.
On dirait des ruisseaux de féerie, de la lumière figée, des coulées de soleil.
J'atteins enfin, sur le faîte, une large plate-forme autour du grand cratère. Le sol tremble, et, devant moi, par un trou gros comme la tête d'un homme, s'échappe avec violence un immense jet de flamme et de vapeur, tandis qu'on voit s'épandre des lèvres de ce trou le soufre liquide, doré par le feu. Il forme, autour de cette source fantastique, un lac jaune bien vite durci.
Plus loin, d'autres crevasses crachent aussi des vapeurs blanches qui montent lourdement dans l'air bleu.
J'avance avec crainte sur la cendre chaude et la lave jusqu'au bord du grand cratère. Rien de plus surprenant ne peut frapper l'oeil humain.
Au fond de cette cuve immense, appelée «la Fossa», large de cinq cents mètres et profonde de deux cents mètres environ, une dizaine de fissures géantes et de vastes trous ronds vomissent du feu, de la fumée et du soufre, avec un bruit formidable de chaudières. On descend, le long des parois de cet abîme, et on se promène jusqu'au bord des bouches furieuses du volcan. Tout est jaune autour de moi, sous mes pieds et sur moi, d'un jaune aveuglant, d'un jaune affolant. Tout est jaune: le sol, les hautes murailles et le ciel lui-même. Le soleil jaune verse dans ce gouffre mugissant sa lumière ardente, que la chaleur de cette cuve de soufre rend douloureuse comme une brûlure. Et l'on voit bouillir le liquide jaune qui coule, on voit fleurir d'étranges cristaux, mousser des acides éclatants et bizarres au bord des lèvres rouges des foyers.
L'Anglais qui dort au pied du mont, cueille, exploite et vend ces acides, ces liquides, tout ce que vomit le cratère; car tout cela, paraît-il, vaut de l'argent, beaucoup d'argent.