Toute la chapelle est pleine de leurs dons bizarres: de pendules de toutes grandeurs qui marchent, battent les secondes et sonnent les heures, de bannières votives, de lustres de toute sorte, en cuivre et en cristal. Ces lustres sont si nombreux qu'on ne voit plus le plafond. Ils pendent côte à côte, de tailles différentes comme dans la boutique d'un lampiste. Les murs sont décorés de faïences élégantes d'un dessin charmant, dont les couleurs dominantes sont toujours le vert et le rouge. Le sol est couvert de tapis, et le jour tombe de la coupole par des groupes de trois fenêtres cintrées, dont une domine les deux autres.

Ce n'est plus la mosquée sévère, nue, où Dieu est seul; c'est un boudoir, orné pour la prière par le goût enfantin de femmes sauvages. Souvent des galants viennent les voir en ce lieu, leur donner un rendez-vous, leur dire quelques mots en secret. Des Européens, qui parlent l'arabe, nouent ici, parfois, des relations avec ces créatures enveloppées et lentes, dont on ne voit que le regard.

Lorsque la confrérie masculine du marabout vient à son tour faire ses dévotions, elle n'a point pour le saint habitant du lieu les mêmes attentions exclusives. Après avoir témoigné leur respect au sépulcre, les hommes se tournent vers la Mecque et adorent Dieu,—car il n'y a de divinité que Dieu,—comme ils répètent en toutes leurs prières.

II

TUNIS

Le chemin de fer avant d'arriver à Tunis traverse un superbe pays de montagnes boisées. Après s'être élevé, en dessinant les lacets démesurés, jusqu'à une altitude de sept cent quatre-vingts mètres, d'où on domine un immense et magnifique paysage, il pénètre dans la Tunisie par la Kroumirie.

C'est alors une suite de monts et de vallées désertes, où jadis s'élevaient des villes romaines. Voici d'abord les restes de Thagaste où naquit saint Augustin, dont le père était décurion.

Plus loin c'est Thubursicum Numidarum, dont les ruines couvrent une suite de collines rondes et verdoyantes. Plus loin encore, c'est Madaure, où naquit Apulée à la fin du règne de Trajan. On ne pourrait guère énumérer les cités mortes, près desquelles on va passer jusqu'à Tunis.

Tout à coup, après de longues heures de route, on aperçoit dans la plaine basse les hautes arches d'un aqueduc à moitié détruit, coupé par places, et qui allait, jadis, d'une montagne à l'autre. C'est l'aqueduc de Carthage dont parle Flaubert dans Salammbô. Puis, on côtoie un beau village, on suit un lac éblouissant, et on découvre les murs de Tunis.

Nous voici dans la ville.