« — Oui, ma fille. Tenez !... prenons jeudi.
« — Va pour jeudi, Madame. Je n'accorderai rien jusque-là pour tenir Monsieur en éveil.
« — Vous êtes sûre de ne pas manquer ?
« — Oh ! oui, Madame, très sûre. Je vais allumer Monsieur dans les grands prix, de façon à le faire donner juste à l'heure que Madame voudra bien me désigner.
« — Prenons cinq heures, ma bonne Rose.
« — Ça va pour cinq heures, Madame ; et à quel endroit ?
« — Mais... dans ma chambre.
« — Soit, dans la chambre de Madame.
« Alors, ma chérie, tu comprends ce que j'ai fait. J'ai été chercher papa et maman d'abord, et puis mon oncle d'Orvelin, le président, et puis M. Raplet, le juge, l'ami de mon mari. Je ne les ai pas prévenus de ce que j'allais leur montrer. Je les ai fait entrer tous sur la pointe des pieds jusqu'à la porte de ma chambre. J'ai attendu cinq heures, cinq heures juste. Oh ! comme mon cœur battait. J'avais fait monter aussi le concierge pour avoir un témoin de plus ! Et puis... et puis, au moment où la pendule commence à sonner, pan, j'ouvre la porte toute grande... Ah ! ah ! ah ! ça y était en plein... en plein... ma chère... Oh ! quelle tête !... si tu avais vu sa tête !... Et il s'est retourné... l'imbécile ? Ah ! qu'il était drôle... Je riais, je riais... Et papa qui s'est fâché, qui voulait battre mon mari... Et le concierge, un bon serviteur, qui l'aidait à se rhabiller... devant nous... devant nous... Il boutonnait ses bretelles... que c'était farce !... Quant à Rose, parfaite ! absolument parfaite... Elle pleurait... elle pleurait très bien. C'est une fille précieuse... Si tu en as jamais besoin, n'oublie pas !
« Et me voici... Je suis venue tout de suite te raconter la chose... tout de suite. Je suis libre. Vive le divorce !... »