Et l'abbé reculait, et moi aussi, je reculais vers la porte, battant en retraite avec mon clergé ; et, vengées, les deux petites femmes s'étaient levées, laissant leur omelette à demi mangée, et elles s'étaient placées des deux côtés du fauteuil de mon oncle, posant leurs mains sur ses bras pour le calmer, pour le protéger contre les entreprises criminelles de la Famille et de la Religion.
L'abbé et moi nous rejoignîmes maman dans la cuisine. Et Mélanie de nouveau nous offrit des chaises.
— Je savais bien que ça n'irait pas tout seul, disait-elle. Il faut trouver autre chose, autrement il nous échappera.
Et on recommença à délibérer. Maman avait un avis ; l'abbé en soutenait un autre. J'en apportais un troisième.
Nous discutions à voix basse depuis une demi-heure peut-être quand un grand bruit de meubles remués et des cris poussés par mon oncle, plus véhéments et plus terribles encore que les premiers, nous firent nous dresser tous les quatre.
Nous entendions à travers les portes et les cloisons : « Dehors... dehors... manants... cuistres... dehors gredins... dehors... dehors. »
Mélanie se précipita, puis revint aussitôt m'appeler à l'aide. J'accourus. En face de mon oncle soulevé par la colère, presque debout et vociférant, deux hommes, l'un derrière l'autre, semblaient attendre qu'il fût mort de fureur.
A sa longue redingote ridicule, à ses longs souliers anglais, à son air d'instituteur sans place, à son col droit et à sa cravate blanche, à ses cheveux plats, à sa figure humble de faux prêtre d'une religion bâtarde, je reconnus aussitôt le premier pour un pasteur protestant.
Le second était le concierge de la maison qui, appartenant au culte réformé, nous avait suivis, avait vu notre défaite, et avait couru chercher son prêtre à lui, dans l'espoir d'un meilleur sort.
Mon oncle semblait fou de rage ! Si la vue du prêtre catholique, du prêtre de ses ancêtres, avait irrité le marquis de Fumerol devenu libre-penseur, l'aspect du ministre de son portier le mettait tout à fait hors de lui.