— Le curé ! Une femme ! Ah ! ah ! ah !

Marchas reprit avec une extraordinaire gravité :

— Je ne ris pas. Va trouver le curé, raconte-lui notre situation. Il doit s'embêter affreusement, il viendra. Mais dis-lui qu'il nous faut une femme au minimum, une femme comme il faut, bien entendu, puisque nous sommes tous des hommes du monde. Il doit connaître ses paroissiennes sur le bout du doigt. S'il y en a une possible pour nous, et si tu t'y prends bien, il te l'indiquera.

— Voyons, Marchas ? A quoi penses-tu ?

— Mon cher Garens, tu peux faire ça très bien. Ce serait même très drôle. Nous savons vivre, parbleu ! et nous serons d'une distinction parfaite, d'un chic extrême. Nomme-nous à l'abbé, fais-le rire, attendris-le, séduis-le et décide-le !

— Non, c'est impossible.

Il rapprocha son fauteuil et, comme il connaissait mes côtés faibles, le gredin reprit :

— Songe donc comme ce serait crâne à faire et amusant à raconter. On en parlerait dans toute l'armée. Ça te ferait une rude réputation.

J'hésitais, tenté par l'aventure. Il insista :

— Allons, mon petit Garens. Tu es chef de détachement, toi seul peux aller trouver le chef de l'Eglise en ce pays. Je t'en prie, vas-y. Je raconterai la chose en vers, dans la Revue des Deux-Mondes, après la guerre, je te le promets. Tu dois bien ça à tes hommes. Tu les fais assez marcher depuis un mois.