—Un mot, un mot seulement, Gabrielle. Dites-moi la vérité?

—Je viens de vous la dire. Je ne vous ai jamais trompé.

Il la regardait bien en face, si belle, avec ses yeux gris comme des ciels froids. Dans sa sombre coiffure, dans cette nuit opaque des cheveux noirs luisait le diadème poudré de diamants, pareil à une voie lactée. Alors, il sentit soudain, il sentit par une sorte d'intuition que cet être là n'était plus seulement une femme destinée à perpétuer sa race, mais le produit bizarre et mystérieux de tous nos désirs compliqués, amassés en nous par les siècles, détournés de leur but primitif et divin, errant vers une beauté mystique, entrevue et insaisissable. Elles sont ainsi quelques-unes qui fleurissent uniquement pour nos rêves, parées de tout ce que la civilisation a mis de poésie, ce luxe idéal, de coquetterie et de charme esthétique autour de la femme, cette statue de chair qui avive, autant que les fièvres sensuelles, d'immatériels appétits.

L'époux demeurait debout devant elle, stupéfait de cette tardive et obscure découverte, touchant confusément la cause de sa jalousie ancienne, et comprenant mal tout cela.

Il dit enfin:

—Je vous crois. Je sens qu'en ce moment vous ne mentez pas; et, autrefois en effet, il m'avait toujours semblé que vous mentiez.

Elle lui tendit la main.

—Alors, nous sommes amis?

Il prit cette main et la baisa, en répondant:

—Nous sommes amis. Merci, Gabrielle.