—Mais oui, avec des hauts et des bas! Ça aurait été très bien sans moi. J'ai toujours tout gâté, moi.
—Comment, et pourquoi? dit le prêtre.
—Je vous l'ai déjà raconté. Parce qu'il a cru que j'étais son fils jusqu'à mon âge de quinze ans environ. Mais il n'était pas bête, le vieux, il a bien découvert tout seul la ressemblance, et alors il y a eu des scènes. Moi, j'écoutais aux portes. Il accusait maman de l'avoir mis dedans. Maman ripostait: «Est-ce ma faute. Tu savais très bien, quand tu m'as prise, que j'étais la maîtresse de l'autre.» L'autre, c'était vous.
—Ah! ils parlaient donc de moi quelquefois?
—Oui, mais ils ne vous ont jamais nommé devant moi, sauf à la fin, tout à la fin, aux derniers jours, quand maman s'est sentie perdue. Ils avaient tout de même de la méfiance.
—Et vous … vous avez appris de bonne heure que votre mère était dans une situation irrégulière?
—Parbleu! Je ne suis pas naïf, moi, allez, et je ne l'ai jamais été. Ça se devine tout de suite ces choses-là, dès qu'on commence à connaître le monde.
Philippe-Auguste se versait à boire coup sur coup. Ses yeux s'allumaient, son long jeûne lui donnant une griserie rapide.
Le prêtre s'en aperçut; il faillit l'arrêter, puis la pensée l'effleura que l'ivresse rendait imprudent et bavard, et, prenant la bouteille, il emplit de nouveau le verre du jeune homme.
Marguerite apportait la poule au riz. L'ayant posée sur la table, elle fixa de nouveau ses yeux sur le rôdeur, puis elle dit à son maître avec un air indigné: