—Pourquoi t'appelle-t-on Mouche?
Elle découvrait des raisons tellement invraisemblables que nous cessions de nager pour en rire.
Elle nous plaisait aussi, comme femme; et La Tôque, qui ne ramait jamais et qui demeurait tout le long des jours assis à côté d'elle au fauteuil de barre, répondit une fois à la demande ordinaire:
—Pourquoi t'appelle-t-on Mouche?
—Parce que c'est une petite cantharide!
Oui, une petite cantharide bourdonnante et enfiévrante, non pas la classique cantharide empoisonneuse, brillante et mantelée, mais une petite cantharide aux ailes rousses qui commençait à troubler étrangement l'équipage entier de la Feuille-à-l'Envers.
Que de plaisanteries stupides, encore, sur cette feuille où s'était arrêtée cette Mouche.
«N'a-qu'un-Oeil,» depuis l'arrivée de «Mouche» dans le bateau, avait pris au milieu de nous un rôle prépondérant, supérieur, le rôle d'un monsieur qui a une femme à côté de quatre autres qui n'en ont pas. Il abusait de ce privilège au point de nous exaspérer parfois en embrassant Mouche devant nous, en l'asseyant sur ses genoux à la fin des repas et par beaucoup d'autres prérogatives humiliantes autant qu'irritantes.
On les avait isolés dans le dortoir par un rideau.
Mais je m'aperçus bientôt que mes compagnons et moi devions faire au fond de nos cerveaux de solitaires le même raisonnement: «Pourquoi, en vertu de quelle loi d'exception, de quel principe inacceptable, Mouche, qui ne paraissait gênée par aucun préjugé, serait-elle fidèle à son amant, alors que les femmes du meilleur monde ne le sont pas à leurs maris.»