Ensemble le lieutenant Otto et le sous-lieutenant Fritz, deux Allemands doués éminemment de physionomies allemandes lourdes et graves, répondirent: «Quoi, mon capitaine?»

Il réfléchit quelques secondes, puis reprit: «Quoi? Eh bien, il faut organiser une fête, si le commandant le permet.»

Le major quitta sa pipe: «Quelle fête, capitaine?»

Le baron s’approcha: «Je me charge de tout, mon commandant. J’enverrai à Rouen Le Devoir, qui nous ramènera des dames; je sais où les prendre. On préparera ici un souper; rien ne manque d’ailleurs, et, au moins, nous passerons une bonne soirée.»

Le comte de Farlsberg haussa les épaules en souriant: «Vous êtes fou, mon ami.»

Mais tous les officiers s’étaient levés, entouraient leur chef, le suppliaient: «Laissez faire le capitaine, mon commandant, c’est si triste ici.»

A la fin le major céda: «Soit,» dit-il; et aussitôt le baron fit appeler Le Devoir. C’était un vieux sous-officier qu’on n’avait jamais vu rire, mais qui accomplissait fanatiquement tous les ordres de ses chefs, quels qu’ils fussent.

Debout, avec sa figure impassible, il reçut les instructions du baron, puis il sortit; et, cinq minutes plus tard, une grande voiture du train militaire, couverte d’une bâche de meunier tendue en dôme, détalait sous la pluie acharnée, au galop de quatre chevaux.

Aussitôt un frisson de réveil sembla courir dans les esprits; les poses alanguies se redressèrent, les visages s’animèrent et on se mit à causer.

Bien que l’averse continuât avec autant de furie, le major affirma qu’il faisait moins sombre, et le lieutenant Otto annonçait avec conviction que le ciel allait s’éclaircir, Mlle Fifi elle-même ne semblait pas tenir en place. Elle se levait, se rasseyait. Son oeil clair et dur cherchait quelque chose à briser. Soudain, fixant la dame aux moustaches, le jeune blondin tira son revolver. «Tu ne verras pas cela toi», dit-il; et, sans quitter son siège, il visa. Deux balles successivement crevèrent les deux yeux du portrait.