Puis tout à coup, me regardant bien en face: «Qu’est-ce que vous feriez si une femme vous disait qu’elle vous aime?»
Je répondis, fort interloqué: «Ma foi, le cas n’est pas prévu, et puis, ça dépendrait de la femme.»
Alors, elle se mit à rire, d’un rire sec, nerveux, frémissant, un de ces rires faux qui semblent devoir casser les verres fins, et elle ajouta:
«Les hommes ne sont jamais audacieux ni malins.» Elle se tut, puis reprit:
«Avez-vous quelquefois été amoureux, monsieur Paul?»
Je l’avouai; oui, j’avais été amoureux.
«Racontez-moi ça,» dit-elle.
Je lui racontai une histoire quelconque.
Elle m’écoutait attentivement, avec des marques fréquentes d’improbation et de mépris; et soudain: «Non, vous n’y entendez rien. Pour que l’amour fût bon, il faudrait, il me semble, qu’il bouleversât le coeur, tordit les nerfs et ravageât la tête; il faudrait qu’il fût—comment dirai-je?—dangereux, terrible même, presque criminel, presque sacrilège, qu’il fût une sorte de trahison; je veux dire qu’il a besoin de rompre des obstacles sacrés, des lois, des liens fraternels; quand l’amour est tranquille, facile, sans périls, légal, est-ce bien de l’amour?»
Je ne savais plus quoi répondre, et je jetais en moi-même cette exclamation philosophique: O cervelle féminine, te voilà bien!