Et les deux gamins, grisés par le mouvement, la joie et l’air vif, poussaient des cris aigus. Le cheval, effrayé par ces clameurs, finit par prendre le galop, et, pendant que le cavalier s’efforçait de l’arrêter, le chapeau roula par terre. Il fallut que le cocher descendit de son siège pour ramasser cette coiffure, et, quand Hector l’eut reçue de ses mains, il s’adressa de loin à sa femme:
«Empêche donc les enfants de crier comme ça; tu me ferais emporter!»
On déjeuna sur l’herbe, dans le bois du Vésinet, avec les provisions déposées dans les coffrés.
Bien que le cocher prît soin des trois chevaux, Hector à tout moment se levait pour aller voir si le sien ne manquait de rien; et il le caressait sur le cou, lui faisant manger du pain, des gâteaux, du sucre.
Il déclara:
«C’est un rude trotteur. Il m’a même un peu secoué dans les premiers moments; mais tu as vu que je m’y suis vite remis: il a reconnu son maître, il ne bougera plus maintenant.»
Comme il avait été décidé, on revint par les Champs-Elysées.
La vaste avenue fourmillait de voitures. Et, sur les côtés, les promeneurs étaient si nombreux qu’on eût dit deux longs rubans noirs se déroulant, depuis l’Arc de Triomphe jusqu’à la place de la Concorde. Une averse de soleil tombait sur tout ce monde, faisait étinceler le vernis des calèches, l’acier des harnais, les poignées des portières.
Une folie de mouvement, une ivresse de vie semblait agiter cette foule de gens, d’équipages et de bêtes. Et l’Obélisque, là-bas, se dressait dans une buée d’or.
Le cheval d’Hector, dès qu’il eut dépassé l’Arc de Triomphe, fut saisi soudain d’une ardeur nouvelle, et il filait à travers les roues, au grand trot, vers l’écurie, malgré toutes les tentatives d’apaisement de son cavalier.