Les deux pêcheurs restaient debout et silencieux. L’Allemand donna des ordres dans sa langue. Puis il changea sa chaise de place pour ne pas se trouver trop près des prisonniers; et douze hommes vinrent se placer à vingt pas, le fusil au pied.
L’officier reprit: «Je vous donne une minute, pas deux secondes de plus.»
Puis il se leva brusquement, s’approcha des deux Français, prit Morissot sous le bras, l’entraîna plus loin, lui dit à voix basse: «Vite, ce mot d’ordre? Votre camarade ne saura rien, j’aurai l’air de m’attendrir.»
Morissot ne répondit rien.
Le Prussien entraîna alors M. Sauvage et lui posa la même question.
M. Sauvage ne répondit pas.
Ils se retrouvèrent côte à côte.
Et l’officier se mit à commander. Les soldats élevèrent leurs armes.
Alors le regard de Morissot tomba par hasard sur le filet plein de goujons, resté dans l’herbe, à quelques pas de lui.
Un rayon de soleil faisait briller le tas de poissons qui s’agitaient encore. Et une défaillance l’envahit. Malgré ses efforts, ses yeux s’emplirent de larmes.