Et voilà comment j'emploie mon temps à guetter des bécasses qui passent tandis que vous allez aussi voir passer au bois les premières toilettes d'hiver.

[Début]

EN WAGON

Le soleil allait disparaître derrière la grande chaîne dont le puy de Dôme est le géant, et l'ombre des cimes s'étendait dans la profonde vallée de Royat.

Quelques personnes se promenaient dans le parc, autour du kiosque de la musique. D'autres demeuraient encore assises, par groupes, malgré la fraîcheur du soir.

Dans un de ces groupes on causait avec animation, car il était question d'une grave affaire qui tourmentait beaucoup mesdames de Sarcagnes, de Vaulacelles et de Bridoie.

Dans quelques jours allaient commencer les vacances, et il s'agissait de faire venir leurs fils élevés chez les Jésuites et chez les Dominicains.

Or ces dames n'avaient point envie d'entreprendre elles-mêmes le voyage pour ramener leurs descendants, et elles ne connaissaient justement personne qu'elles pussent charger de ce soin délicat. On touchait aux derniers jours de juillet. Paris était vide. Elles cherchaient, sans trouver, un nom qui leur offrît les garanties désirées.

Leur embarras s'augmentait de ce qu'une vilaine affaire de moeurs avait eu lieu quelques jours auparavant dans un wagon. Et ces dames demeuraient persuadées que toutes les filles de la capitale passaient leur existence dans les rapides, entre l'Auvergne et la gare de Lyon. Les échos de Gil Blas, d'ailleurs, au dire M. de Bridoie, signalaient la présence à Vichy, au Mont-Dore et à la Bourboule, de toutes les horizontales connues et inconnues. Pour y être, elles avaient dû y venir en wagon; et elles s'en retournaient indubitablement encore en wagon; elles devaient même s'en retourner sans cesse pour revenir tous les jours. C'était donc un va-et-vient continu d'impures sur cette maudite ligne. Ces dames se désolaient que l'accès des gares ne fût pas interdit aux femmes suspectes.