L'abbé tenait dans ses mains un petit enfant tout nu. Il le regardait avec des yeux effarés; il semblait content et désolé, prêt à rire et prêt à pleurer; on l'aurait cru fou, tant sa figure exprimait de choses par le jeu rapide des yeux, des lèvres et des joues.
Il déclara, comme s'il eût annoncé à ses élèves une grande nouvelle:
—C'est un garçon.
Puis aussitôt il reprit:
—Monsieur de Sarcagnes, passez-moi la bouteille d'eau qui est dans le filet.—Bien.—Débouchez-la.—Très bien.—Versez-m'en quelques gouttes dans la main, seulement quelques gouttes.—Parfait.
Et il répandit cette eau sur le front nu du petit être qu'il portait, en prononçant:
«Je te baptise, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.»
Le train entrait en gare de Clermont. La figure de madame de Bridoie apparut à la portière. Alors l'abbé, perdant la tête, lui présenta la frêle bête humaine qu'il venait de cueillir, en murmurant: «C'est madame qui vient d'avoir un petit accident en route.»
Il avait l'air d'avoir ramassé cet enfant dans un égout; et, les cheveux mouillés de sueur, le rabat sur l'épaule, la robe maculée, il répétait: «Ils n'ont rien vu—rien du tout,—j'en réponds.—Ils regardaient tous trois par la portière.—J'en réponds,—ils n'ont rien vu.»
Et il descendit du compartiment avec quatre garçons au lieu de trois qu'il était allé chercher, tandis que mesdames de Bridoie, de Vaulacelles et de Sarcagnes, livides, échangeaient des regards éperdus, sans trouver un seul mot à dire.