—Si tu savais comme on est canaille... et comme on en fait de roides. Nous nous les racontions chaque jour. Vrai, on se moque des hommes, tu sais!
Moi, la première rosserie que j'ai faite, c'est au sujet d'un parapluie. J'en avais un vieux, en alpaga, un parapluie à en être honteuse. Comme je le fermais en arrivant, un jour de pluie, voilà la grande Louise qui me dit:—Comment! tu oses sortir avec ça!
—Mais je n'en ai pas d'autre, et en ce moment, les fonds sont bas.
Ils étaient toujours bas, les fonds!
Elle me répond:—Vas en chercher un à la Madeleine.
Moi, ça m'étonne.
Elle reprend:—C'est là que nous les prenons, toutes; on en a autant qu'on veut. Et elle m'explique la chose. C'est bien simple.
Donc, je m'en allai avec Irma à la Madeleine. Nous trouvons le sacristain et nous lui expliquons comment nous avons oublié un parapluie la semaine d'avant. Alors il nous demande si nous nous rappelons son manche, et je lui fais l'explication d'un manche avec une pomme d'agate. Il nous introduit dans une chambre où il y avait plus de cinquante parapluies perdus; nous les regardons tous et nous ne trouvons pas le mien; mais moi j'en choisis un beau, un très beau, à manche d'ivoire sculpté. Louise est allée le réclamer quelques jours après. Elle l'a décrit avant de l'avoir vu, et on le lui a donné sans méfiance.
Pour faire ça, on s'habillait très chic.»
Et elle riait en ouvrant et laissant retomber le couvercle à charnières de la grande boîte à tabac.