Puis, tout à coup, un besoin lui vint d'expliquer l'emploi de son temps, et elle raconta, avec des paroles brèves, hautaines, qu'ayant eu des objets de mobilier à choisir très loin, très loin, rue de Rennes, elle avait rencontré Limousin à sept heures passées, boulevard Saint-Germain, en revenant, et qu'alors elle lui avait demandé son bras pour entrer manger un morceau dans un restaurant où elle n'osait pénétrer seule, bien qu'elle se sentît défaillir de faim. Voilà comment elle avait dîné, avec Limousin, si on pouvait appeler cela dîner; car ils n'avaient pris qu'un bouillon et un demi-poulet, tant ils avaient bâte de revenir.

Parent répondit simplement:—Mais tu as bien fait. Je ne t'adresse pas de reproches.

Alors Limousin, resté jusque-là muet, presque caché derrière Henriette, s'approcha et tendit sa main en murmurant:

—Tu vas bien?

Parent prit cette main offerte, et, la serrant mollement:—Oui, très bien.

Mais la jeune femme avait saisi un mot dans la dernière phrase de son mari.

—Des reproches... pourquoi parles-tu de reproches?... On dirait que tu as une intention.

Il s'excusa:—Non, pas du tout. Je voulais simplement te répondre que je ne m'étais pas inquiété de ton retard et que je ne t'en faisais point un crime.

Elle le prit de haut, cherchant un prétexte à querelle:—De mon retard?... On dirait vraiment qu'il est une heure du matin et que je passe la nuit dehors.

—Mais non, ma chère amie. J'ai dit «retard» parce que je n'ai pas d'autre mot. Tu devais rentrer à six heures et demie, tu rentres à huit heures et demie. C'est un retard, ça! Je le comprends très bien; je ne... ne... ne m'en étonne même pas... Mais... mais... il m'est difficile d'employer un autre mot.