Parent, stupéfait, balbutia:—Ton... ton... enfant?... Tu oses parler de ton enfant?... tu oses... tu oses demander ton enfant... après... après... Oh! oh! oh! c'est trop fort!... Tu oses?... Mais va-t'en donc, gueuse!... Va-t'en!...
Elle revint vers lui, presque souriante, presque vengée déjà, et le bravant, tout près, face à face:
—Je veux mon enfant... et tu n'as pas le droit de le garder, parce qu'il n'est pas à toi... tu entends, tu entends bien... Il n'est pas à toi... Il est à Limousin.
Parent, éperdu, cria:—Tu mens... tu mens... misérable!
Mais elle reprit:—Imbécile! Tout le monde le sait, excepté toi. Je te dis que voilà son père. Mais il suffit de regarder pour le voir...
Parent reculait devant elle, chancelant. Puis brusquement, il se retourna, saisit une bougie, et s'élança dans la chambre voisine.
Il revint presque aussitôt, portant sur son bras le petit Georges enveloppé dans les couvertures de son lit. L'enfant, réveillé en sursaut, épouvanté, pleurait. Parent le jeta dans les mains de sa femme, puis, sans ajouter une parole, il la poussa rudement dehors, vers l'escalier, où Limousin attendait par prudence.
Puis il referma la porte, donna deux tours de clef et poussa les verrous. A peine rentré dans le salon, il tomba de toute sa hauteur sur le parquet.
II
Parent vécut seul, tout à fait seul. Pendant les premières semaines qui suivirent la séparation, l'étonnement de sa vie nouvelle l'empêcha de songer beaucoup. Il avait repris son existence de garçon, ses habitudes de flânerie, et il mangeait au restaurant, comme autrefois. Ayant voulu éviter tout scandale, il faisait à sa femme une pension réglée par les hommes d'affaires. Mais, peu à peu, le souvenir de l'enfant commença à hanter sa pensée. Souvent, quand il était seul, chez lui, le soir, il s'imaginait tout à coup entendre Georges crier «papa». Son coeur aussitôt commençait à battre et il se levait bien vite pour ouvrir la porte de l'escalier et voir si, par hasard, le petit ne serait pas revenu. Oui, il aurait pu revenir comme reviennent les chiens et les pigeons. Pourquoi un enfant aurait-il moins d'instinct qu'une bête?