Et la caissière, pleine de pitié et de bienveillance pour ce consommateur obstiné, répétait chaque jour à Parent: «Voyons, Monsieur, décidez-vous à prendre l'air! C'est si joli, la campagne quand il fait beau! Oh! moi! si je pouvais, j'y passerais ma vie!»

Et elle lui communiquait ses rêves, les rêves poétiques et simples de toutes les pauvres filles enfermées d'un bout à l'autre de l'année derrière les vitres d'une boutique et qui regardent passer la vie factice et bruyante de la rue, en songeant à la vie calme et douce des champs, à la vie sous les arbres, sous le radieux soleil qui tombe sur les prairies, sur les bois profonds, sur les claires rivières, sur les vaches couchées dans l'herbe, et sur toutes les fleurs diverses, toutes les fleurs libres, bleues, rouges, jaunes, violettes, lilas, roses, blanches, si gentilles, si fraîches, si parfumées, toutes les fleurs de la nature qu'on cueille en se promenant et dont on fait de gros bouquets.

Elle prenait plaisir à lui parler sans cesse de son désir éternel, irréalisé et irréalisable; et lui, pauvre vieux sans espoirs, prenait plaisir à l'écouter. Il venait s'asseoir maintenant à côté du comptoir pour causer avec Mlle Zoé et discuter sur la campagne avec elle. Alors, peu à peu, une vague envie lui vint d'aller voir, une fois, s'il faisait vraiment si bon qu'elle le disait, hors les murs de la grande ville.

Un matin il demanda:

—Savez-vous où on peut bien déjeuner aux environs de Paris?

Elle répondit:

—Allez donc à la Terrasse de Saint-Germain. C'est si joli!

Il s'y était promené autrefois au moment de ses fiançailles. Il se décida à y retourner.

Il choisit un dimanche, sans raison spéciale, uniquement parce qu'il est d'usage de sortir le dimanche, même quand on ne fait rien en semaine.

Donc il partit, un dimanche matin, pour Saint-Germain.