La cérémonie fut fixée au deux janvier. Depuis huit jours la terre était couverte de neige, d'un immense tapis livide et dur qui paraissait illimité sur ce pays plat et bas. La mer semblait noire, au loin derrière la plaine blanche; et on la voyait s'agiter, hausser son dos, rouler ses vagues, comme si elle eût voulu se jeter sur sa pâle voisine, qui avait l'air d'être morte, elle si calme, si morne, si froide.

A neuf heures du matin, le père Kerandec arriva devant ma porte avec sa belle-soeur, la grande Kermagan, et la garde qui portait l'enfant roulé dans une couverture.

Et nous voilà partis vers l'église. Il faisait un froid à fendre les dolmens, un de ces froids déchirants qui cassent la peau et font souffrir horriblement de leur brûlure de glace. Moi je pensais au pauvre petit être qu'on portait devant nous, et je me disais que cette race bretonne était de fer, vraiment, pour que ses enfants fussent capables, dès leur naissance, de supporter de pareilles promenades.

Nous arrivâmes devant l'église, mais la porte en demeurait fermée. M. le curé était en retard.

Alors la garde, s'étant assise sur une des bornes, près du seuil, se mit à dévêtir l'enfant. Je crus d'abord qu'il avait mouillé ses linges, mais je vis qu'on le mettait nu, tout nu, le misérable, tout nu, dans l'air gelé. Je m'avançai, révolté d'une telle imprudence.

—Mais vous êtes folle! Vous allez le tuer!

La femme répondit placidement: «Oh non, m'sieu not' maître, faut qu'il attende l'bon Dieu tout nu.»

Le père et la tante regardaient cela avec tranquillité. C'était l'usage. Si on ne l'avait pas suivi, il serait arrivé malheur au petit.

Je me fâchai, j'injuriai l'homme, je menaçai de m'en aller, je voulus couvrir de force la frêle créature. Ce fut en vain. La garde se sauvait devant moi en courant dans la neige, et le corps du mioche devenait violet.

J'allais quitter ces brutes quand j'aperçus le curé arrivant par la campagne suivi du sacristain et d'un gamin du pays.