Je m'endormis bientôt, car je dors comme un vrai matelot.

Je fus réveillé, dès l'aube, par mon serviteur qui m'apportait l'eau chaude pour ma barbe.

Dès que j'eus les yeux ouverts, je demandai: «Et Kérandec?»

L'homme hésitait, puis il balbutia: «Oh! il est rentré, Monsieur, à minuit passé, et soûl à ne pas marcher, et la grande Kermagan aussi, et la garde aussi. Je crois bien qu'ils avaient dormi dans un fossé, de sorte que le p'tit était mort, qu'ils s'en sont pas même aperçus.»

Je me levai d'un bond, criant:

—L'enfant est mort!

—Oui, Monsieur. Ils l'ont rapporté à la mère Kérandec. Quand elle a vu ça, elle s'a mise à pleurer; alors ils l'ont faite boire pour la consoler.

—Comment, ils l'ont fait boire?

—Oui, Monsieur. Mais j'ai su ça seulement au matin, tout à l'heure. Comme Kérandec n'avait pu d'eau-de-vie et pu d'argent, il a pris l'essence de la lampe que Monsieur lui a donnée; et ils ont bu ça tous les quatre, tant qu'il en est resté dans le litre. Même que la Kérandec est bien malade.

J'avais passé mes vêtements à la hâte, et saisissant une canne, avec la résolution de taper sur toutes ces bêtes humaines, je courus chez mon jardinier.