J'étais allé me promener dans le bois de Vernes. Je ne pensais à rien, non, à rien. Voilà un enfant dans le chemin, un petit garçon qui mangeait une tartine de beurre.

Il s'arrête pour me voir passer et dit: «Bonjour, m'sieu le président.»

Et la pensée m'entre dans la tête: «Si je le tuais?»

Je réponds:—Tu es tout seul, mon garçon?

—Oui, M'sieu.

—Tout seul dans le bois?

—Oui, M'sieu.

L'envie de le tuer me grisait comme de l'alcool. Je m'approchai tout doucement, persuadé qu'il allait s'enfuir. Et voilà que je le saisis à la gorge.... Je le serre, je le serre de toute ma force! Il m'a regardé avec des yeux effrayants! Quels yeux! Tout ronds, profonds, limpides, terribles! Je n'ai jamais éprouvé une émotion si brutale... mais si courte! Il tenait mes poignets dans ses petites mains, et son corps se tordait ainsi qu'une plume sur le feu. Puis il n'a plus remué.

Mon coeur battait, ah! le coeur de l'oiseau! J'ai jeté le corps dans le fossé, puis de l'herbe par-dessus.

Je suis rentré, j'ai bien dîné. Comme c'est peu de chose! Le soir, j'étais très gai, léger, rajeuni, j'ai passé la soirée chez le préfet. On m'a trouvé spirituel.