LETTRES
À GUSTAVE FLAUBERT.
Paris, ce mardi soir.
Cher Monsieur et Ami,
..... Je n'ai que le temps de fermer cette lettre et de la porter au chemin de fer pour qu'elle parte ce soir. Je vous écrirai d'ici à quelques jours pour causer un peu avec vous comme je le faisais ici chaque dimanche. Nos causeries de chaque semaine étaient devenues pour moi une habitude et un besoin, et je ne puis résister au désir de bavarder encore un peu par lettre. Je ne vous demande pas de me répondre, bien entendu, je sais que vous avez autre chose à faire. Pardonnez-moi cette liberté, mais en causant avec vous, il me semblait souvent entendre mon oncle que je n'ai [XCVI] pas connu, mais dont vous et ma mère m'avez si souvent parlé et que j'aime comme si j'avais été son camarade ou son fils, puis le pauvre Bouilhet, que j'ai connu celui-là et que j'aimais bien aussi.
Il me semble voir vos réunions de Rouen. Et je regrette de n'avoir pas été avec tous ceux-là au lieu d'être avec les amis de mon âge qui n'ont pas une idée de ce qui existe.
Pardon pour ce griffonnage, veuillez croire à mon affection la plus dévouée et la plus vive.
Guy de Maupassant.
Ce lundi.