Ma chère Mère,

Nous allons, quelques amis et moi, jouer dans l'atelier de Leloir une pièce absolument lubrique où assisteront Flaubert et Tourgueneff.

Inutile de dire que cette œuvre est de nous. En fait d'œuvre, voici une pièce de vers que j'ai faite dernièrement.

SOMMATION RESPECTUEUSE.

Je connaissais fort peu votre mari, madame;
Il était bête et laid, je n'en savais pas plus;
Mais on n'est pas fâché, quand on aime une femme,
Que le mari soit borgne, ou bancal, ou perclus.

Je sentais que cet être inoffensif et bête
Se trouvait trop petit pour être dangereux,
Qu'il pouvait demeurer debout entre nous deux,
Que nous nous aimerions au-dessus de sa tête.

Que m'importait, d'ailleurs. Mais un jour, contre moi,
Vous avez fait surgir ce grotesque bonhomme;
Vous parlez de mari, de devoirs, et de loi;
Quel époux avez-vous et quel devoir en somme?

Il est votre mari! De quel droit, s'il vous plaît?...
De par l'autorité. L'Église et votre mère.
Parents et loi, madame, et le prêtre et le maire
N'ont pas le droit d'unir la plus belle au plus laid.

Car Dieu donne à chacun celle qui lui ressemble,
Dieu protège et bénit les amours assortis,
Les hommes, de ses mains, par couples sont sortis;
Il les fait l'un pour l'autre et dit: «Vivez ensemble!»

Dieu qui créa l'esprit pour aimer la Beauté,
Dieu qui ne comprend pas qu'on discute et calcule
Le plus ou moins d'argent par la dot apporté,
N'avait point fait pour vous ce magot ridicule.