«Je le connais. Je le trouve très joli. C'est un charmant joujou, pour un garçon bien portant qui se promène en promenant des amis, mais ce n'est pas une habitation de repos pour un homme fatigué de corps et d'esprit comme vous.
«Par les beaux jours, c'est l'immobilité sous le soleil éclatant sur un pont brûlant, à côté d'une voile éblouissante. Par les autres jours, c'est une inhabitable demeure sous la pluie, dans les petits ports.
«Il serait deux ou trois fois plus grand et confortable comme un logis, je vous dirais allez-y. Ou bien, vous seriez dans un pays presque sans maisons, au bord de la mer et boisé, et seul, je vous dirais: Servez-vous tous les jours de ce bateau, mais ne vivez pas dessus sans autre domicile. Je vous voudrais très isolé, dans un pays très sain, ne pensant à rien, ne faisant rien, et surtout ne prenant aucun médicament d'aucune sorte. Rien que de l'eau froide.»
Voilà!..... Quant à moi, j'hésite tout à fait. Je ne sais plus que faire. J'ai envie pourtant d'essayer de la mer. Si cela ne réussit pas, j'irai dans les Pyrénées qu'on me recommande beaucoup. Nous causerons de ça dans quelques jours. En tous cas je fais faire pour mon bateau une tente très épaisse couvrant tout le pont qui m'assurera dedans un asile, petit, mais frais, quel que soit le soleil dans les ports. En mer, si nous marchons par des jours trop chauds, je resterai dans l'intérieur comme dans un petit salon bleu où je pourrai sommeiller comme chez moi. Dans les petits ports qui me plairaient, je passerais huit jours, en me promenant surtout dans les ports d'Espagne, après un essai assez long sur la côte de Provence pour être tout à fait renseigné.
J'attendrai que le temps soit tout à fait beau pour partir. Je passerai quelques jours à Nice, puis je prendrai la mer, en excursionnant beaucoup à pied sur les côtes.
A bientôt, ma bien chère mère, je t'embrasse de tout mon cœur. J'embrasse Simone, mille amitiés à ma belle-sœur.
Ton fils,
Guy.