Sous le muguet et la pervenche
L'enfant rusé cache ses rets,
Ou bien sous l'aubépine blanche
Où tombent, comme une avalanche,
Linots, pinsons, chardonnerets.

Parfois d'une souple baguette
D'osier vert ou de romarin
Il fait un piège, et puis il guette
Les petits oiseaux en goguette
Qui viennent becqueter son grain.

Etourdi, joyeux et rapide,
Bientôt approche un oiselet:
Il regarde d'un air candide,
S'enhardit, goûte au grain perfide,
Et se prend la patte au filet.

Et l'oiseleur Amour l'emmène
Loin des coteaux frais et fleuris,
Loin des buissons et de la plaine,
Et chaque soir sa cage est pleine
Des petits oiseaux qu'il a pris.

L'AÏEUL.

L'aïeul mourait froid et rigide.
Il avait quatre-vingt-dix ans.
La blancheur de son front livide
Semblait blanche sur ses draps blancs.
Il entr'ouvrit son grand œil pâle,
Et puis il parla d'une voix
Lointaine et vague comme un râle,
Ou comme un souffle au fond des bois.

Est-ce un souvenir, est-ce un rêve?
Aux clairs matins de grand soleil
L'arbre fermentait sous la sève,
Mon cœur battait d'un sang vermeil.
Est-ce un souvenir, est-ce un rêve?
Comme la vie est douce et brève!
Je me souviens, je me souviens
Des jours passés, des jours anciens!
J'étais jeune! je me souviens!

Est-ce un souvenir, est-ce un rêve?
L'onde sent un frisson courir
A toute brise qui s'élève;
Mon sein tremblait à tout désir.
Est-ce un souvenir, est-ce un rêve,
Ce souffle ardent qui nous soulève?
Je me souviens, je me souviens!
Force et jeunesse! ô joyeux biens!
L'amour! l'amour! je me souviens!

Est-ce un souvenir, est-ce un rêve?
Ma poitrine est pleine du bruit
Que font les vagues sur la grève,
Ma pensée hésite et me fuit.
Est-ce un souvenir, est-ce un rêve
Que je commence ou que j'achève?
Je me souviens, je me souviens!
On va m'étendre près des miens;
La mort! la mort! je me souviens!