La jeune fille prit en ses mains tremblantes les mains ridées de la vieille:
—Tais-toi, grand'mère, je t'en supplie. Et à genoux, les larmes aux yeux, elle demandait au ciel une grande passion, une seule passion éternelle, selon le rêve nouveau des poètes romantiques, tandis que l'aïeule la baisant au front, toute pénétrée encore de cette charmante et saine raison dont les philosophes galants emplirent le dix-huitième siècle, murmura:
—Prends garde, pauvre mignonne, si tu crois à des folies pareilles, tu seras bien malheureuse.
Guy de Maupassant.
Les Conseils d'une grand'mère ont paru dans le Gaulois du 13 septembre 1880.
OPINION DE LA PRESSE
SUR
LA MAISON TELLIER.
Le Figaro, 11 juillet 1881 (Émile Zola).
«J'ai connu Maupassant chez Flaubert. C'était vers 1874. Il sortait à peine du collège, personne ne l'avait encore aperçu dans notre coin littéraire. Quand nous arrivions le dimanche, vers 2 heures, au petit appartement de la rue Murillo, ces pièces étroites dont les fenêtres donnaient sur les ombrages du parc Monceau, nous trouvions presque toujours Maupassant installé déjà, ayant parfois déjeuné avec le maître, auquel il venait lire ainsi chaque semaine ses essais, et qui lui faisait retravailler sévèrement les phrases d'une sonorité douteuse. Dès que nous étions là, il s'effaçait modestement, parlait peu, écoutait de l'air intelligent d'un gaillard qui se sent les reins solides et qui prend des notes...