Gênés tous deux, ils prononçaient parfois quelques mots, mais quand leurs yeux se rencontraient, une secousse soulevait leurs cœurs.
Que peuvent les sentiments appris contre la violence des instincts? Que peut le préjugé de la pudeur contre l'irrésistible volonté de la nature?
Leurs doigts, par hasard, se touchèrent. Et cela suffit. La force brutale des sens les jeta l'un à l'autre. Ils s'étreignirent et elle s'abandonna.
Elle fut grosse. De son amant ou de son mari? Le pouvait-elle savoir? Mais de l'amant, sans doute.
Alors une épouvante la harcela; elle se croyait certaine de mourir en couches, et sans cesse elle faisait jurer à celui qui l'avait ainsi possédée de veiller sur l'enfant durant toute sa vie, de ne lui rien refuser, d'être tout pour lui, tout, et même, s'il le fallait, de commettre un crime pour son bonheur.
Cette obsession touchait à la folie; elle s'exaltait de plus en plus en approchant de sa délivrance.
Elle succomba en accouchant d'une fille.
Ce fut pour le jeune homme un désespoir épouvantable, un désespoir si furieux qu'il ne le pouvait cacher. Le mari, peut-être, eut des doutes; peut-être savait-il que sa fille ne pouvait être née de lui! Il ferma sa porte à celui qui se croyait le père véritable et lui cacha l'enfant qu'il fit élever en secret.
Et beaucoup d'années s'écoulèrent.
Pierre Martel oublia, comme on oublie tout. Il devint riche, mais il n'aima plus et ne se maria pas. Sa vie était celle de tout le monde, celle d'un homme heureux et tranquille. Aucune nouvelle ne lui venait plus de l'époux qu'il avait trompé, ni de la jeune fille qu'il supposait sienne.