Elle se leva si vite, que le cristal, culbuté, vida, comme pour un baptême, le vin jaune dans ses cheveux noirs, et il tomba, se brisant à terre. Les lèvres tremblantes, elle bravait du regard l'officier qui riait toujours, et elle balbutia, d'une voix étranglée de colère: «Ça, ça, ça n'est pas vrai, par exemple, vous n'aurez pas les femmes de France.»

Il s'assit pour rire à son aise, et, cherchant l'accent parisien: «Elle est pien ponne, pien ponne, qu'est-ce alors que tu viens faire ici, pétite?»

Interdite, elle se tut d'abord, comprenant mal dans son trouble, puis, dès qu'elle eut bien saisi ce qu'il disait, elle lui jeta, indignée et véhémente: «Moi! moi! Je ne suis pas une femme, moi, je suis une putain; c'est bien tout ce qu'il faut à des Prussiens.»

Elle n'avait point fini qu'il la giflait à toute volée; mais comme il levait encore une fois la main, affolée de rage, elle saisit sur la table un petit couteau de dessert à lame d'argent, et, si brusquement qu'on ne vit rien d'abord, elle le lui piqua droit dans le cou, juste au creux où la poitrine commence.

Un mot qu'il prononçait fut coupé dans sa gorge, et il resta béant, avec un regard effroyable.

Tous poussèrent un rugissement et se levèrent en tumulte; mais ayant jeté sa chaise dans les jambes du lieutenant Otto, qui s'écroula tout au long, elle courut à la fenêtre, l'ouvrit avant qu'on eût pu l'atteindre, et s'élança dans la nuit, sous la pluie qui tombait toujours.

En deux minutes, Mademoiselle Fifi fut morte. Alors Fritz et Otto dégainèrent et voulurent massacrer les femmes qui se traînaient à leurs genoux. Le major, non sans peine, empêcha cette boucherie, fit enfermer dans une chambre, sous la garde de deux hommes, les quatre filles éperdues; puis, comme s'il eût disposé ses soldats pour un combat, il organisa la poursuite de la fugitive, bien certain de la reprendre.

Cinquante hommes, fouettés de menaces, furent lancés dans le parc. Deux cents autres fouillèrent les bois et toutes les maisons de la vallée.