«Une heure après, au moment où les Hamot rentraient chez eux, la jeune femme, qui n'avait pas prononcé un seul mot depuis l'insulte, mais qui tremblait comme si tous ses nerfs eussent été mis en danse par un ressort, enjamba tout à coup le parapet du pont sans que son mari ait eu le temps de la retenir, et se jeta dans la rivière.

«L'eau est profonde sous les arches. On fut deux heures avant de parvenir à la repêcher. Elle était morte, naturellement.»

Le conteur se tut. Puis il ajouta: «C'est peut-être ce qu'elle avait de mieux à faire dans sa position. Il y a des choses qu'on n'efface pas.

«Vous saisissez maintenant pourquoi le clergé a refusé la porte de l'église. Oh! si l'enterrement avait été religieux, toute la ville serait venue. Mais vous comprenez que le suicide s'ajoutant à l'autre histoire, les familles se sont abstenues; et puis, il est bien difficile, ici, de suivre un enterrement sans prêtres.»

Nous franchissions la porte du cimetière. Et j'attendis, très ému, qu'on eût descendu la bière dans la fosse pour m'approcher du pauvre garçon qui sanglotait et lui serrer énergiquement la main.

Il me regarda avec surprise à travers ses larmes, puis prononça: «Merci, monsieur.» Et je ne regrettai pas d'avoir suivi ce convoi.

Madame Baptiste a paru dans le Gil-Blas du mardi 28 novembre 1882, sous la signature: Maufrigneuse.


LA ROUILLE.