Je repris enfin mon assurance et je le lui prouvai de tout mon pouvoir, si bien qu'au bout de deux heures nous ne songions guère encore au repos, quand des coups violents frappés soudain contre la porte nous firent tressaillir, et une voix forte d'homme cria: «Marroca, c'est moi.»
Elle fit un bond: «Mon mari! Vite, cache-toi sous le lit.» Je cherchais éperdument mon pantalon; mais elle me poussa haletante: «Va donc, va donc.»
Je m'étendis à plat ventre et me glissai sans murmurer sous ce lit, sur lequel j'étais si bien.
Alors elle passa dans la cuisine. Je l'entendis ouvrir une armoire, la fermer, puis elle revint, apportant un objet que je n'aperçus pas, mais qu'elle posa vivement quelque part, et, comme son mari perdait patience, elle répondit d'une voix forte et calme: «Je ne trrrouve pas les allumettes;» puis soudain: «Les voilà, je t'ouvrrre.» Et elle ouvrit.
L'homme entra. Je ne vis que ses pieds, des pieds énormes. Si le reste se trouvait en proportion, il devait être un colosse.
J'entendis des baisers, une tape sur de la chair nue, un rire; puis il dit avec un accent marseillais: «Z'ai oublié ma bourse, té, il a fallu revenir. Autrement, je crois que tu dormais de bon cœur.» Il alla vers la commode, chercha longtemps ce qu'il lui fallait; puis Marroca s'étant étendue sur le lit comme accablée de fatigue, il revint à elle, et sans doute il essayait de la caresser, car elle lui envoya, en phrases irritées, une mitraille d'r furieux.
Les pieds étaient si près de moi qu'une envie folle, stupide, inexplicable, me saisit de les toucher tout doucement. Je me retins.
Comme il ne réussissait pas en ses projets, il se vexa. «Tu es bien méçante aujourd'hui,» dit-il. Mais il en prit son parti. «Adieu, pétite.» Un nouveau baiser sonna; puis les gros pieds se retournèrent, me firent voir leurs clous en s'éloignant, passèrent dans la pièce voisine et la porte de la rue se referma.
J'étais sauvé!
Je sortis lentement de ma retraite, humble et piteux, et tandis que Marroca, toujours nue, dansait une gigue autour de moi en riant aux éclats et battant des mains, je me laissai tomber lourdement sur une chaise. Mais je me relevai d'un bond; une chose froide gisait sous moi, et comme je n'étais pas plus vêtu que ma complice, le contact m'avait saisi. Je me retournai. Je venais de m'asseoir sur une petite hachette à fendre le bois, aiguisée comme un couteau. Comment était-elle venue à cette place? Je ne l'avais pas aperçue en entrant.