Je fus jaloux avec frénésie; mais je ne suis pas fou; non, certes, non.

J'attendis; oh! j'épiais; elle ne m'aurait pas trompé; mais elle restait froide, endormie. Elle disait parfois: «Les hommes me dégoûtent.» Et c'était vrai.

Alors je fus jaloux d'elle-même; jaloux de son indifférence, jaloux de la solitude de ses nuits; jaloux de ses gestes, de sa pensée que je sentais toujours infâme, jaloux de tout ce que je devinais. Et quand elle avait parfois, à son lever, ce regard mou qui suivait jadis nos nuits ardentes, comme si quelque concupiscence avait hanté son âme et remué ses désirs, il me venait des suffocations de colère, des tremblements d'indignation, des démangeaisons de l'étrangler, de l'abattre sous mon genou et de lui faire avouer, en lui serrant la gorge, tous les secrets honteux de son cœur.

Suis-je fou?—Non.

Voilà qu'un soir je la sentis heureuse. Je sentis qu'une passion nouvelle vivait en elle. J'en étais sûr, indubitablement sûr. Elle palpitait comme après mes étreintes; son œil flambait, ses mains étaient chaudes, toute sa personne vibrante dégageait cette vapeur d'amour d'où mon affolement était venu.

Je feignis de ne rien comprendre, mais mon attention l'enveloppait comme un filet.

Je ne découvrais rien, pourtant.

J'attendis une semaine, un mois, une saison. Elle s'épanouissait dans l'éclosion d'une incompréhensible ardeur; elle s'apaisait dans le bonheur d'une insaisissable caresse.

Et, tout à coup, je devinai! Je ne suis pas fou. Je le jure, je ne suis pas fou!