Et la cavalcade s'éloigna.
Tous les regards étaient tendus sur lui. Il trottait à l'anglaise en exagérant les ressauts. A peine était-il retombé sur la selle qu'il rebondissait comme pour monter dans l'espace. Souvent il semblait prêt à s'abattre sur la crinière, et il tenait ses yeux fixes devant lui, ayant la figure crispée et les joues pâles.
Sa femme, gardant sur ses genoux un des enfants, et la bonne qui portait l'autre, répétaient sans cesse:
«Regardez papa, regardez papa!»
Et les deux gamins, grisés par le mouvement, la joie et l'air vif, poussaient des cris aigus. Le cheval, effrayé par ces clameurs, finit par prendre le galop, et, pendant que le cavalier s'efforçait de l'arrêter, le chapeau roula par terre. Il fallut que le cocher descendît de son siège pour ramasser cette coiffure, et, quand Hector l'eut reçue de ses mains, il s'adressa de loin à sa femme:
«Empêche donc les enfants de crier comme ça, tu me ferais emporter!»
On déjeuna sur l'herbe, dans le bois du Vésinet, avec les provisions déposées dans les coffres.
Bien que le cocher prît soin des trois chevaux, Hector à tout moment se levait pour aller voir si le sien ne manquait de rien et il le caressait sur le cou, lui faisant manger du pain, des gâteaux, du sucre.
Il déclara:
«C'est un rude trotteur. Il m'a même un peu secoué dans les premiers moments; mais tu as vu que je m'y suis vite remis; il a reconnu son maître; il ne bougera plus maintenant.»