Alors elle lui parla de son admiration, lui cita ses œuvres, fut éloquente.
Pour causer, il s'était accoudé à un meuble, et plongeant en elle ses yeux aigus, il cherchait à la deviner.
Quelquefois, le marchand, heureux de posséder cette réclame vivante, de nouveaux clients étant entrés, criait à l'autre bout du magasin: «Tenez, regardez ça, monsieur Jean Varin, est-ce beau?» Alors toutes les têtes se levaient, et elle frissonnait de plaisir à être vue ainsi causant intimement avec un Illustre.
Grisée enfin, elle eut une audace suprême, comme les généraux qui vont donner l'assaut.—«Monsieur, dit-elle, faites-moi un grand, un très grand plaisir. Permettez-moi de vous offrir ce magot comme souvenir d'une femme qui vous admire passionnément et que vous aurez vue dix minutes.»
Il refusa. Elle insistait. Il résista, très amusé, riant de grand cœur.
Elle, obstinée, lui dit: «Eh bien! je vais le porter chez vous tout de suite; où demeurez-vous?»
Il refusa de donner son adresse; mais elle, l'ayant demandée au marchand, la connut, et, son acquisition payée, elle se sauva vers un fiacre. L'écrivain courut pour la rattraper, ne voulant point s'exposer à recevoir ce cadeau qu'il ne saurait à qui rapporter. Il la joignit quand elle sautait en voiture, et il s'élança, tomba presque sur elle, culbuté par le fiacre qui se mettait en route; puis il s'assit à son côté, fort ennuyé.
Il eut beau prier, insister, elle se montra intraitable. Comme ils arrivaient devant la porte, elle posa ses conditions. «Je consentirai, dit-elle, à ne point vous laisser cela, si vous accomplissez aujourd'hui toutes mes volontés.»
La chose lui parut si drôle, qu'il accepta.