Alors le gars se troubla tout à fait devant la nécessité d'expliquer son cas. Il balbutia en baissant et relevant les yeux coup sur coup, de sa casquette qu'il tenait aux mains au sommet du toit du château: «C'est m'sieu l'curé qui m'a touché deux mots au sujet de c't'affaire...» puis il se tut par crainte d'en trop lâcher, et de compromettre ses intérêts.
Le baron, sans comprendre, reprit: «Quelle affaire? Je ne sais pas, moi.»
L'autre alors, baissant la voix, se décida: «C't'affaire d'vot'bonne... la Rosalie...»
Jeanne, ayant deviné, se leva et s'éloigna avec son enfant dans ses bras. Et le baron prononça: «Approchez-vous», puis il montra la chaise que sa fille venait de quitter.
Le paysan s'assit aussitôt en murmurant: «Vous êtes bien honnête.» Puis il attendit comme s'il n'avait plus rien à dire. Au bout d'un assez long silence il se décida enfin, et, levant son regard vers le ciel bleu: «En v'là du biau temps pour la saison. C'est la terre qui n'en profite pour c'qu'y a déjà d'semé.» Et il se tut de nouveau.
Le baron s'impatientait; il attaqua brusquement la question, d'un ton sec: «Alors c'est vous qui épousez Rosalie.»
L'homme aussitôt devint inquiet, troublé dans ses habitudes de cautèle normande. Il répliqua d'une voix plus vive, mis en défiance: «C'est selon, p't'être que oui, p't'être que non, c'est selon.»
Mais le baron s'irritait de ces tergiversations: «Sacrebleu! répondez franchement: est-ce pour ça que vous venez, oui ou non? La prenez-vous, oui ou non?»
L'homme, perplexe, ne regardait plus que ses pieds: Si c'est c'que dit m'sieu l'curé, j'la prends; mais si c'est c'que dit m'sieu Julien, j'la prends point.
—Qu'est-ce que vous a dit M. Julien?