Quand il eut douze ans, une grosse difficulté surgit: celle de la première communion.
Lise un matin vint trouver Jeanne et lui représenta qu'on ne pouvait laisser plus longtemps le petit sans instruction religieuse et sans remplir ses premiers devoirs. Elle argumenta de toutes les façons, invoquant mille raisons, et, avant tout, l'opinion des gens qu'ils voyaient. La mère, troublée, indécise, hésitait, affirmant qu'on pouvait attendre encore.
Mais un mois plus tard, comme elle rendait une visite à la comtesse de Briseville, cette dame lui demanda par hasard: «C'est cette année sans doute que votre Paul va faire sa première communion.» Et Jeanne, prise au dépourvu, répondit: «Oui, Madame.» Ce simple mot la décida et, sans en rien confier à son père, elle pria Lise de conduire l'enfant au catéchisme.
Pendant un mois tout alla bien; mais Poulet revint un soir avec la gorge enrouée. Et le lendemain il toussait. Sa mère affolée l'interrogea, et elle apprit que le curé l'avait envoyé attendre la fin de la leçon à la porte de l'église dans le courant d'air du porche, parce qu'il s'était mal tenu.
Elle le garda donc chez elle, et lui fit apprendre elle-même cet alphabet de la religion. Mais l'abbé Tolbiac, malgré les supplications de Lison, refusa de l'admettre parmi les communiants, comme étant insuffisamment instruit.
Il en fut de même l'an suivant. Alors le baron exaspéré jura que l'enfant n'avait pas besoin de croire à cette niaiserie, à ce symbole puéril de la transsubstantiation, pour être un honnête homme; et il fut décidé qu'il serait élevé en chrétien, mais non pas en catholique pratiquant, et qu'à sa majorité il demeurerait libre de devenir ce qu'il lui plairait.
Et Jeanne, quelque temps après, ayant fait une visite aux Briseville, n'en reçut point en retour. Elle s'étonna, connaissant la méticuleuse politesse de ses voisins; mais la marquise de Coutelier lui révéla avec hauteur la raison de cette abstention.
Se regardant, par la situation de son mari, et par son titre bien authentique, et par sa fortune considérable, comme une sorte de reine de la noblesse normande, la marquise gouvernait en vraie reine, parlait en liberté, se montrait gracieuse ou cassante selon les occasions, admonestait, redressait, félicitait à tout propos. Jeanne donc s'étant présentée chez elle, cette dame, après quelques paroles glaciales, prononça d'un ton sec:—«La société se divise en deux classes: les gens qui croient à Dieu et ceux qui n'y croient pas. Les uns, même les plus humbles, sont nos amis, nos égaux; les autres ne sont rien pour nous.»
Jeanne, sentant l'attaque, répliqua:—«Mais ne peut-on croire à Dieu sans fréquenter les églises?»
La marquise répondit:—«Non, Madame; les fidèles vont prier Dieu dans son église comme on va trouver les hommes en leurs demeures.»