Poulet devenait grand, il atteignait quinze ans; et l'échelle du salon marquait un mètre cinquante-huit, mais il restait enfant d'esprit, ignorant, niais, étouffé entre ces deux jupes et ce vieil homme aimable qui n'était plus du siècle.
Un soir enfin le baron parla du collège; et Jeanne aussitôt se mit à sangloter. Tante Lison effarée se tenait dans un coin sombre.
La mère répondait:—«Qu'a-t-il besoin de tant savoir. Nous en ferons un homme des champs, un gentilhomme campagnard. Il cultivera ses terres comme font beaucoup de nobles. Il vivra et vieillira heureux dans cette maison où nous avons vécu avant lui, où nous mourrons. Que peut-on demander de plus?»
Mais le baron hochait la tête.—«Que répondras-tu s'il vient te dire, lorsqu'il aura vingt-cinq ans:—Je ne suis rien, je ne sais rien par ta faute, par la faute de ton égoïsme maternel. Je me sens incapable de travailler, de devenir quelqu'un, et pourtant je n'étais pas fait pour la vie obscure, humble, et triste à mourir, à laquelle ta tendresse imprévoyante m'a condamné.»
Elle pleurait toujours, implorant son fils.—«Dis, Poulet, tu ne me reprocheras jamais de t'avoir trop aimé, n'est-ce pas?
Et le grand enfant surpris promettait:—«Non, maman.
—Tu me le jures?
—Oui, maman.
—Tu veux rester ici, n'est-ce pas?
—Oui, maman.»