Le grand-père et la mère partirent aussitôt pour le Havre; mais, en arrivant au collège, ils apprirent que depuis un mois Paul n'y était point venu. Le principal avait reçu quatre lettres signées de Jeanne pour annoncer un malaise de son élève, et ensuite pour donner des nouvelles. Chaque lettre était accompagnée d'un certificat de médecin; le tout faux, naturellement. Ils furent atterrés, et ils restaient là, se regardant.

Le principal, désolé, les conduisit chez le commissaire de police. Les deux parents couchèrent à l'hôtel.

Le lendemain on retrouva le jeune homme chez une fille entretenue de la ville. Son grand-père et sa mère l'emmenèrent aux Peuples sans qu'un mot fût échangé entre eux tout le long de la route. Jeanne pleurait, la figure dans son mouchoir. Paul regardait la campagne d'un air indifférent.

En huit jours on découvrit que pendant les trois derniers mois il avait fait quinze mille francs de dettes. Les créanciers ne s'étaient point montrés d'abord, sachant qu'il serait bientôt majeur.

Aucune explication n'eut lieu. On voulait le reconquérir par la douceur. On lui faisait manger des mets délicats, on le choyait, on le gâtait. C'était au printemps; on lui loua un bateau à Yport, malgré les terreurs de Jeanne, pour qu'il pût faire à son gré des promenades en mer.

On ne lui laissait point de cheval de crainte qu'il n'allât au Havre.

Il demeurait désœuvré, irritable, parfois brutal. Le baron s'inquiétait de ses études incomplètes. Jeanne, affolée à la pensée d'une séparation, se demandait cependant ce qu'on allait faire de lui.

Un soir il ne rentra pas. On apprit qu'il était sorti en barque avec deux matelots. Sa mère éperdue descendit nu-tête jusqu'à Yport, dans la nuit.

Quelques hommes attendaient sur la plage la rentrée de l'embarcation.

Un petit feu apparut au large; il approchait en se balançant. Paul ne se trouvait plus à bord. Il s'était fait conduire au Havre.