Puis elle ajouta, répondant sans doute à sa propre pensée: «La vie, voyez-vous, ça n'est jamais si bon ni si mauvais qu'on croit.»
NOTES.
Une Vie a paru en feuilleton dans le Gil-Blas, du mardi 27 février au vendredi 6 avril 1883; il parut immédiatement après chez l'éditeur Victor Havard, où son succès fut très grand et immédiat. Maupassant, selon un procédé de travail qu'il emploiera toujours pour ses romans, a utilisé dans celui-ci diverses chroniques publiées dans le même journal ou dans le Gaulois.
Nous avons dû communication à l'extrême obligeance de M. Louis Barthou du premier manuscrit d'Une Vie. Il compte 114 feuillets grand in-4o, écrits d'un seul côté, très raturés par places, très nets ailleurs; il est resté inachevé. Cependant, M. Léon Hennique possède un autre fragment de manuscrit qui semble être la continuation de celui-ci. Le manuscrit de M. Barthou porte sur la couverture, de la main de l'auteur, la mention: «Vieux manuscrit».
Il offre un grand intérêt pour l'étude de l'élaboration et de la composition d'Une Vie à l'achèvement de laquelle il a certainement servi. On y retrouve en effet plusieurs passages et même des épisodes entiers conçus en termes presque identiques. Il n'en présente pas moins, d'autre part, avec le texte définitif des divergences assez nombreuses. Si les caractères essentiels sont déjà parfaitement reconnaissables, Jeanne, par exemple, y a un frère, nommé Henri, qui rappelle d'une manière frappante le fils du même nom qu'elle aura plus tard dans le roman.
Mais c'est dans l'ensemble de la composition que l'effort de Maupassant a particulièrement porté. Les répétitions d'effets ou de descriptions sont encore fréquentes dans le manuscrit de M. Barthou. Le récit y a un tour moins net, parfois un peu diffus ou un peu hésitant, un mouvement moins continu; les phrases ont des contours moins tracés; les chapitres, moins de saillie; on entre moins franchement dans l'action. La vue claire que Maupassant a eue de ces imperfections lui a permis de s'en débarrasser peu à peu complètement. Il nous a paru bon de signaler, puisque l'occasion s'en présentait, cette preuve éclatante de travail logique, de sens critique, de réflexion que la spontanéité très grande de la phrase risquerait peut-être de faire oublier.